Origin

Events

Archive

Proclamations

JOURNEE MONDIALE DE LA FEMME RURALE 2001

“La Paix pour les Femmes Rurales pour atteindre la Sécurité alimentaire ”

Kampala, Ouganda, 15 – 17 octobre 2001

Rapport final

Par Fabienne Derrien, Responsable du Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la FIPA

Pour la première fois au niveau international, la Journée Mondiale de la Femme Rurale et la Journée Mondiale de l’Alimentation furent célébrées par le Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles à Kampala, Ouganda, du 15 au 17 octobre sous le thème de « la paix pour les femmes rurales pour atteindre la sécurité alimentaire ». Une quarantaine d’agricultrices du monde entier et quelques 70 paysannes ougandaises ont été réunies pour partager leurs expériences de développement agricole et d’appui à la sécurité alimentaire des communautés rurales.

Chebet Maikut, Président de l’Association Nationale des Producteurs Ougandais (UNFA), a accueilli chaleureusement les participants. Selon lui, tous les gouvernements doivent reconnaître le rôle des femmes et leur fournir les opportunités pour établir la paix et la sécurité alimentaire à tous les niveaux de la société. De plus, les femmes doivent être impliquées dans la promotion des pratiques de bonne gouvernance et des initiatives de développement.

Benson Tayebwa, Président de l’Alliance des Coopératives d’Ouganda (UCA), a ensuite annoncé que les femmes, bien que contribuant énormément à la production alimentaire, n’ont pas la visibilité qu’elles méritent, surtout dans l’accès aux ressources et aux services. UCA a mis les agricultrices au centre de tous leurs programmes pour lutter contre cette ségrégation sociale, économique et culturelle.

Victoria Kakoko Sebagereka, Présidente du Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la FIPA, a expliqué dans son message pour la Journée Mondiale de la Femme Rurale que le combat pour la sécurité alimentaire* ne peut être gagné que si la contribution des femmes est reconnue et si le contexte socio-économique et politique leur permet d’exploiter leur potentiel d’agricultrices actrices du développement. Les exploitantes agricoles affrontent bon nombre d’inégalités d’accès aux ressources, à l’éducation, à la formation, aux technologies et services, et aux circuits de commercialisation. Ces inégalités ne leur permettent qu’aux prix de très lourds efforts d’assurer leur rôle fondamental pour la survie et le bien-être des familles, et la sécurité alimentaire des communautés, éléments fondamentaux de la paix et du développement économique et social.

Selon Hilda Stewart, Présidente de l’Union Mondiale des Femmes Rurales, la sécurité alimentaire ne sera assurée que lorsque les agricultrices traditionnellement marginalisées seront pleinement intégrées dans le cycle de production et structures de décision pour assurer une agriculture durable. Il est urgent d’améliorer l’agriculture au profit de tous, notamment par la participation des femmes aux programmes de développement et aux politiques agricoles. L’avancement socio-économique des femmes rurales permettra l’atteinte de la sécurité alimentaire mondiale.

Ajmal M. Qureshi, Représentant de la FAO en Ouganda, a prononcé une communication de Sissel Ekaas, Directeur de la Division Femmes et Population à la FAO. C’est par le renforcement de leurs capacités économique et politique que les femmes influeront positivement dans la prévention et la résolution des conflits. Les inégalités bloquent l’utilisation efficace des ressources humaines pour atteindre la paix et la sécurité alimentaire. Une analyse de genre est donc indispensable pour une approche intégrée et efficace du développement agricole. Un nouveau plan d’action de la FAO sur le genre et le développement (2002-2007) va permettre de redoubler ses engagements envers l’égalité des sexes dans le secteur rural et agricole.

Gerard Doornbos, Président de la FIPA, représenté par Sisko Mäkelä, Vice-Présidente du Comité Permanent des Femmes en Agriculture, a souligné que l’agriculture n’est pas uniquement une activité de production, c’est une façon de vivre et un moyen de lutte contre la pauvreté. Une plus grande volonté politique et des ressources adéquates doivent être utilisées pour appuyer les producteurs et notamment les femmes qui sont le fournisseur principal de nourriture. Leur participation dans la mise en œuvre des politiques est un pré-requis pour le développement mondial. La paix et le développement durables résulteront de l’établissement d’un dialogue pertinent entre hommes et femmes au sein des organisations agricoles, des structures nationales et internationales, des gouvernements, devant adopter des mesures à la hauteur de ces challenges.

Hon. Zoë Bakoko Bakoru, Ministre des questions de Genre, du Travail et Services Sociaux d’Ouganda, a souligné le besoin d’opérationaliser les structures et cadres politiques et légaux existants pour la lutte contre toutes les formes de discrimination au niveau constitutionnel. Cela passe nécessairement par un renforcement à la base des capacités des femmes rurales qui pourront alors accéder aux services et appuis nécessaires au développement agricole et par conséquent, contribuer à la sécurité alimentaire communautaire.

Nous avons été honorés par la présence de la Première Dame d’Ouganda, Hon. Janet Museveni, ayant communiqué les espoirs de développement pour son pays. Les chances pour l’obtention de la paix au niveau familial et national augmentent au fur et à mesure que les injustices telles que les inégalités envers les femmes rurales, diminuent. Lorsqu’on s’attaque à la modernisation de l’agriculture, il faut s’assurer que les femmes ont un accès égal aux nouvelles techniques et aux ressources. Les femmes rurales pourront éradiquer la pauvreté en étant appuyées au niveau productif, commercial et politique.


Lutte contre le VIH/SIDA : conséquences de la propagation de la maladie sur le développement, le maintien de la paix et la sécurité alimentaire

Dr Kihumuro D. Apuuli, Directeur Général de la Commission ougandaise sur le SIDA, a montré que le VIH/SIDA doit être envisagé comme un problème de développement et de sécurité à court et long termes. Au niveau économique, le revenu familial -et national- est affecté par la baisse de productivité de l’unité familiale -et de tous les secteurs d’activités- et l’augmentation des dépenses médicales et funéraires engendrées. Le retrait des enfants du circuit éducatif est alors courant pour travailler ou servir de garde-malades, ce qui affecte le développement des générations futures. La capacité de production est durablement fragilisée. D’une part, la production est réduite et sa qualité est affectée en privilégiant les cultures moins intensives en main d’œuvre. D’autre part, les stocks de production sont souvent sacrifiés pour assumer les frais funéraires ou sont gérés par les enfants qui n’ont pas forcément les connaissances de gestion nécessaires. Au-delà de la pauvreté générale engendrée, l’épidémie du VIH/SIDA amène aussi une instabilité sociale: mortalité infantile élevée et population active future affectée, génération d’orphelins, services sociaux ingérables, augmentation des conflits communautaires. Le VIH/SIDA ne concerne pas seulement la santé publique.

Ce thème fut illustré par Lynda Campbell-Morrison du Zimbabwe où la « Commercial Farmers’ Union » a établi un programme d’éducation des familles rurales et travailleurs agricoles sur la maladie pour faire face à ses impacts sur les zones rurales à travers les exploitations agricoles commerciales. Mais en raison des troubles politiques actuels, beaucoup de travailleurs au chômage ne peuvent plus être sensibilisés sur leur lieu de travail.

La Côte d’Ivoire, n’ayant pu être représentée à cette réunion, tenait à souligner que les femmes rurales sont plus affectées que la population masculine par le VIH/SIDA. La femme rurale africaine est vulnérable par sa subordination sexuelle (manque d’information des couples sur la maladie, liaison multiple des maris, souvent avec des jeunes femmes), sa subordination économique (sans accès à l’éducation, la formation et l’emploi, la femme reste dépendante de l’homme économiquement) et sa composition biologique plus sensible à la contamination.


Accès aux ressources agricoles et matières premières: terre, eau, intrants,

finances et systèmes de commercialisation

Leonard Msemakweli, Secrétaire Général de l’Alliance des Coopératives d’Ouganda (UCA), a présenté les expériences des organisations agricoles ougandaises concernant l’accès aux marchés. Les agriculteurs ont besoin d’organisations fortes et indépendantes pour travailler efficacement dans un environnement hautement compétitif. Bien souvent les productions ne sont pas planifiées en fonction de la demande du marché. L’accessibilité des marchés doit être renforcée pour les producteurs dans les domaines de l’information commerciale, des infrastructures et du transport, du stockage et de la transformation. Après avoir expliqué le fonctionnement des associations de commerce et du centre d’information, M. Msemakweli a souligné l’importance du marché national ayant beaucoup d’opportunité à offrir avant de cibler les exportations.

Mercy Karanja, Directeur Exécutif de la Kenya National Farmers’Union et Vice-Présidente du Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la FIPA, a expliqué qu’en Afrique, l’agriculture est une façon de vivre et non une simple transaction commerciale. Le rôle des femmes y est très important. Le gouvernement doit montrer son engagement dans l’atteinte de la sécurité alimentaire en créant un cadre institutionnel d’appui aux agricultrices, en octroyant plus de fonds à l’agriculture et en renforçant l’environnement commercial. Les agricultrices peuvent sans attendre s’organiser pour obtenir des services et appuis nécessaires à leurs activités. A partir des informations et lois existantes, les producteurs doivent guider la recherche et leur gouvernement pour que leurs activités soient orientées en fonction des intérêts du monde agricole.

Selon Halima Sekouah, productrice-agronome de la Chambre d’agriculture de Constantine, l’Algérie, premier importateur mondial de blé dur, doit sortir de son problème de développement agricole : un nouveau plan a été mis en œuvre dans lequel les femmes au même titre que les hommes ont accès à des financements. De plus en plus d’agricultrices jeunes et instruites ont positivement investi le terrain et profitent des services et appui technique des organisations agricoles. Ces femmes s’organisent en association pour échanger leurs informations et expériences, augmenter la qualité de la production, et défendre leurs droits fonciers. Ces femmes doivent être encouragées.

Pour Louise Smith, Présidente de l’Union Agricole des Femmes du Nord Ouest d’Afrique du Sud, les agricultrices luttent encore pour l’accès aux ressources agricoles. La terre reste un problème majeur : une réforme foncière est envisagée comme moteur du développement rural pour une redistribution plus équitable des terres avec maintien de la propriété foncière communale pour certains groupes. La restriction en eau est aussi une cause de faible rendement agricole : le développement de l’irrigation permettra d’améliorer la sécurité alimentaire. Ensuite, de nombreuses femmes ne commercialisent leurs produits qu’au niveau local par l’absence d’infrastructures, d’information et de connaissances commerciales. Enfin, des services financiers aux catégories à haut risque telles que les agricultrices existent mais beaucoup de femmes n’en profitent pas par manque d’information et de communication.

D’après Rosalie Sawadogo, Productrice du Burkina Faso n’ayant pu être présente, les agricultrices ont par le droit coutumier un accès très limité à la propriété de la terre. Elles n’ont bien souvent qu’un droit d’exploitation de mauvaises terres qu’à force de travail, elles réussissent à mettre en valeur avant que ces terres leur soient à nouveau retirées. De plus, il n’existe pas une participation suffisante des agricultrices aux prises de décisions les concernant, même au niveau villageois.

Mercy Msoka, Administrative à la Fédération des Cooperatives de Zambie, a expliqué que les stratégies agricoles doivent être soigneusement formulées et mises en œuvre pour atteindre la sécurité alimentaire. La Zambie prend lentement conscience de l’impact de la reconnaissance des agricultrices et de leur appui dans l’accès aux moyens de production. Par le développement de projets, les femmes travaillent maintenant à une production agricole plus moderne.

Sadio Thioune, Secrétaire Générale de la Fédération Nationale des Groupements de Promotion Féminine du Sénégal, a expliqué que par le système coutumier sahélien, les femmes ont en majorité droit à la terre à travers les familles de leur mari. Concernant l’accès à l’eau, un vaste programme hydraulique a été établi mais la corvée d’eau est toujours une préoccupation pour les femmes. Face à la dynamique migratoire existante, les femmes se trouvent bien souvent officieusement chefs d’exploitation. Par conséquent, il existe un problème de reconnaissance de leur statut professionnel qui leur assurerait l’accès aux intrants agricoles et autres équipements et services.

Plusieurs points ont été abordés lors des discussions :

· Les agricultrices ont des problèmes de commercialisation car leur offre de produits ne correspond pas aux désirs des consommateurs : il est nécessaire de valoriser les produits de base

· C’est en se regroupant que les agricultrices pourront revendiquer leurs droits, accéder aux ressources agricoles et se libérer économiquement

· La participation aux réunions à quelque niveau que ce soit est importante pour que l’information circule entre les femmes rurales

· Chacun doit se renseigner sur les lois de son pays : des lois existent bien souvent, mais ne sont pas appliquées car encore méconnues par ses principaux bénéficiaires potentiels


Représentation des femmes rurales : participation aux structures de

pouvoir et de processus de prises de décision

Après le témoignage de Margaret Ndaga, productrice ougandaise, Joke Von Doorn, Présidente de LTO Femmes et Affaires, a présenté les organisations agricoles néerlandaises LTO et LTO « Femmes et Affaires ». Elle a mis en avant le fonctionnement hiérarchique des organisations agricoles qui n’est pas adapté aux femmes ayant plus de difficultés à s’imposer lors des conseils mixtes. La représentation féminine dans les structures de prise de décision est affectée par ce système et les organisations ne profitent pas intégralement des compétences des productrices présentes. De plus, la présence des agricultrices dans les structures de pouvoir passera nécessairement par une meilleure préparation de celles-ci à la participation aux processus de décision. Nous devons tous encourager nos organisations à proposer des formations aux postes de direction des structures locales aux nationales.

Sisko Mäkelä, Productrice de Finlande et Vice-Présidente du Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la FIPA, a précisé que la représentation des femmes dans les organisations agricoles est proportionnelle à la reconnaissance de leurs rôles dans ce secteur d’activité. Quand elles participent aux instances dirigeantes, elles apportent un point de vue différent et complémentaire sur les grandes orientations. Avec une plus ample représentation dès le local et une formation adéquate, les femmes pourraient servir les organisations en amorçant un dialogue actif avec les différents groupes de la société de par leurs bases communes : le foyer et l’alimentation. Enfin, la solidarité entre femmes est décisive pour progresser dans leurs carrières : des réseaux d’agricultrices forts sont ainsi nécessaires.

Luisita Esmao, Vice-Présidente Régionale de PAKISAMA et du Comité des Femmes en Agriculture de la FIPA a ensuite expliqué qu’au sein de son organisation aux Philippines, de réels efforts ont lieu pour assurer un équilibre de genre dans les structures de décision, les politiques et activités : au moins 30% des participants doivent être des productrices. Toutes les organisations agricoles doivent établir des programmes d’éducation pour les membres et leaders sur les questions de genre, les hommes devant être impliqués pour qu’une réelle évolution soit constatée. PAKISAMA a récemment créé une organisation nationale de productrices.

Selon Cecilia Makota, Coordinatrice Nationale des Femmes en Agriculture de Zambie, il existe une forte prise de conscience quant à la nécessité de faciliter l’éducation des femmes pour les démarginaliser et promouvoir une nette évolution politique, sociale et économique de la Zambie. Mais cette évolution est peu convaincante : malgré la sensibilisation d’un certain nombre d’acteurs (législateurs, leaders, autorités tribales) et la création par le gouvernement d’instances adéquates pour orienter ses politiques selon les besoins et revendications des femmes, les agricultrices ne sont pas efficacement prises en compte dans la formulation des lois et décisions à quelque niveau que ce soit.

Aminata Diarra, agricultrice membre de l’Assemblée Consulaire de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali, a expliqué que le statut social passif des femmes persiste de par la non-application stricte des textes existants engendrant leur manque de participation aux instances dirigeantes. Les agricultrices doivent renforcer leurs connaissances et capacités de négociations et les transmettre aux autres femmes. Il est de plus indispensable de sensibiliser les hommes pour augmenter la visibilité de leurs épouses et de promouvoir des espaces de formation et d’échange d’expériences.

Lors des discussions, plusieurs idées furent partagées :

· Quelle que soit sa volonté, la femme ne pourra avoir de pouvoir que soutenue par son mari ou par les hommes de sa famille.

· Il faut améliorer les capacités de négociation des femmes, notamment par une meilleure communication et une meilleure diffusion d’informations utiles.

· Les femmes doivent réclamer sans attendre les services dont elles ont besoin.

Judith Lewis, Directeur régional du Programme Alimentaire Mondial, a souligné que malgré les améliorations de la fin du 20ème siècle, les femmes et les hommes vivent toujours dans un monde inégal. Le PNUD estime que 70% des pauvres dans le monde sont des femmes, possédant seulement 2% des terres et recevant seulement 5% des ressources agricoles. De plus, les femmes constituent 7%-11% des bénéficiaires des programmes de crédit et sont payées moins que les hommes à travail égal. Enfin, pour les femmes rurales, le plus décisif est le contrôle, et non l’accès, des ressources et moyens de production.

Sécurité alimentaire et Nutrition : les Femmes Rurales en tant qu’Acteur clé

du bien-être des familles et des communautés

D’après le représentant du Commissaire à l’agriculture M. Tumusiime, l’offre alimentaire peut satisfaire la demande alimentaire en Ouganda. Mais les populations n’ont pas un accès suffisant à une alimentation riche et adaptée à leurs besoins. Certains facteurs sont particulièrement influents : la pauvreté qui limite la consommation d’une nourriture variée remplissant les besoins nutritionnels, la faible productivité agricole qui ne permet pas une production riche et diversifiée ni une génération de revenus suffisante pour compléter le régime alimentaire de la famille, les difficultés de stockage entraînant des pertes de récolte élevées, le manque d’infrastructures qui limitent la commercialisation et la distribution des produits. L’Ouganda travaille actuellement sur un programme de nutrition répondant à ces difficultés.

Selon Abby Taka Mgugu, Coordinatrice Nationale du Lobby Femmes et Terre du Zimbabwe, la sécurité alimentaire et nutritionnelle des familles dépend des politiques d’accès et de contrôle des ressources productives. Elle peut être améliorée si une propriété durable de la terre est assurée aux productrices qui pourront alors ajuster leur production à la demande alimentaire et nutritionnelle de leur famille ou du marché. Le gouvernement doit aussi établir des lois leur assurant l’accès et le contrôle des moyens de production, et des services d’appui et de vulgarisation pour qu’elles prennent les bonnes décisions quant à leur production. Enfin, la création de services de commercialisation pour les femmes est indispensable pour la vente de leurs produits sur le marché.

Soheir El Saghir, Consultante sur la problématique Femmes pour l’Union Centrale des Coopératives Agricoles de la République Arabe d’Egypte a souligné que par leur fonctionnement, les coopératives locales donnent aux femmes l’occasion de prendre des décisions, de partager des expériences et des informations, d’accéder aux ressources productives et services et permettent d’améliorer leurs revenus et niveau de vie. Les coopératives assurent aussi des formations sur des thèmes tels que la nutrition et participent ainsi à l’amélioration de la sécurité alimentaire familiale.

Cristina Manzano, Conseillère de la Société Rurale Argentine et du Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la FIPA, souligne que les femmes restent les acteurs invisibles de l’agriculture ce qui limite l’impact des politiques du secteur agricole. Il faut s’assurer que les destinataires des politiques agricoles sont les femmes. L’appui à l’entreprise agricole, la modernisation de l’agriculture, l’approvisionnement en intrants et crédits, l’assistance technique et la formation sont des éléments indispensables à l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.

Margareta de Roo, membre du Conseil National de l’Union des Agricultrices Belges, a expliqué qu’en Belgique, le problème alimentaire n’est pas quantitatif mais sanitaire. Les consommateurs ont de hautes exigences quant aux critères des produits, aux méthodes de production, à la traçabilité des produits, ce qui demandent des investissements de la part des producteurs. Or les consommateurs ne sont pas enclins à payer le prix de leurs exigences. De plus, les surproductions entraînent des baisses de prix sur les marchés et les producteurs ne rentrent pas dans leurs frais. Les femmes doivent alors chercher une rémunération hors exploitation, source de travail supplémentaire. C’est pourquoi l’organisation d’agricultrices belge KVLV appuie ces femmes à établir des activités à la ferme.

Selon Béatrice Mukakalisa, Conseillère en genre auprès du Syndicat des Agri-Eleveurs du Rwanda IMBARAGA, il est rare que les femmes accèdent à une activité agricole rémunérée, et il leur est difficile de développer des activités parallèles génératrices de revenus qui permettraient d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la famille. De plus, les femmes ont peu de temps à consacrer à la production et à la formation technique : les productions restent donc faibles en qualité et quantité. Depuis la résolution du conflit rwandais, une place plus importante est octroyée à la femme dans la société et plusieurs mesures concernant l’accès et le contrôle des ressources agricoles ont été lancées pour assurer la sécurité alimentaire et d’une nutrition adaptée à chacun.

De par les différences de situation existantes entre l’agriculture européenne et africaine, le cas belge a suscité de bonnes discussions sur le niveau des prix, la qualité des produits, la recherche de revenus hors exploitation par les femmes et l’exportation de produits agricoles.


Le quotidien des femmes rurales quant aux activités génératrices

de revenus :une question familiale

Selon Albertine Rasoanivo, Vice-Présidente de la Coopérative Tanjona Manandona de Madagascar, c’est par le regroupement des agriculteurs et agricultrices que des propositions du monde paysan peuvent être établies. De par l’existence de monopoles par filière, les producteurs ont dû créer des coopératives permettant de développer leur potentiel agroalimentaire. FIFATA agit au sein du Plan pour le Développement Rural pour orienter les résultats vers le secteur privé en soutenant la production agricole et réduire la dépendance alimentaire. Sur le plan fiscal, FIFATA demande au gouvernement d’appliquer la loi de finance taxant les importations agricoles pour que ces revenus soient investis afin d’améliorer la productivité et de développer les activités génératrices de revenus.

Berthe Owonyebe, productrice camerounaise, a détaillé les activités génératrices de revenus que les femmes rurales effectuent en parallèle de leurs corvées quotidiennes pour pouvoir entretenir leur famille. Ces activités concernent l’agriculture, l’élevage et la transformation de produits limitée par les faibles capacités de stockage et de conditionnement des produits. Les agricultrices ont des problèmes techniques tels que l’outillage artisanal impliquant un faible rendement, le manque de connaissance et de formation concernant la transformation des produits frais, l’absence d’infrastructures routières. L’acquisition de petites machines agricoles à coût modéré servant à plusieurs productrices serait une solution simple à envisager.

Mariama Soihili, animatrice rurale du Syndicat National des Agriculteurs Comoriens, a souligné les différences existantes quant à la position de la femme aux Comores par rapport à d’autres pays africains : lors de son mariage, le mari rejoint sa nouvelle épouse dans la maison parentale. Cela peut paraître anodin mais cela implique de nombreux droits : la femme a entre autres un toit, une terre qui est transmise de mère en fille, les biens de son mari au même titre que celui-ci. Les femmes comoriennes ont des activités agricoles au même titre que les hommes mais elles assurent aussi à elles seules le transport, la transformation et la commercialisation des produits. Mais leurs savoirs-faire restent limités et elles ont besoin de formation technique et commerciale.

Le besoin principal en Ouganda d’après Jova Bagarukayo Nkusi, productrice, est d’encourager la population à se joindre aux groupes existants au sein desquels des Comités de gestion mixtes doivent être établis du niveau local au national. Dans son organisation, aucun programme de formation ne peut débuter tant qu’il n’y a pas 30% de femmes parmi les participants. Il est aussi nécessaire d’assurer la proximité entre les centres de formation et la population visée car face à leur emploi du temps très chargé, les agricultrices doivent pouvoir s’y rendre entre deux activités pour chercher les informations variées qu’elles recherchent.

De l’avis de chacune, il est absolument nécessaire que les hommes participent aux programmes de sensibilisation adressés aux femmes pour qu’ils appuient et mobilisent leurs épouses et soient actifs dans le développement des capacités des agricultrices.

De plus, les femmes leaders doivent pouvoir par la suite partager leur expérience et conseiller les autres femmes à faire ce qu’elles peuvent à leur niveau.


Education des femmes rurales : un pas vers l’élimination de la pauvreté

Dr Nite Tanzan du Département aux Etudes sur la condition des femmes de l’Université de Makerere, et le professeur Victoria Mwaka, tous deux d’Ouganda, ont démontré qu’il est absolument nécessaire pour lutter contre la pauvreté, de maintenir le plus longtemps possible les enfants dans le circuit éducatif. De même, il est important de s’adapter aux adultes en développant des programmes d’alphabétisation fonctionnelle liée par exemple à la capacité d’utiliser les connaissances pour améliorer la production agricole. Des filles et des femmes éduquées pourront mieux gérer leurs activités, obtenir des revenus et prendre connaissances d’expériences existantes et de structures pour s’y intégrer. L’identification des besoins éducatifs est nécessaire au cas par cas.

Kaswera Siviholya, Vice-Présidente du Syndicat de Défense des Intérêts Paysans de la République Démocratique du Congo a évoqué 4 stratégies devant être développées: effacer tout ce qui est à caractère discriminatoire à l’égard des femmes, établir un système de formation égalitaire, veiller avec l’aide des Etats au respect de l’égalité des droits dans tous les domaines et à la jouissance par les femmes de leurs pleins droits, et réviser la loi foncière et les systèmes d’octroi des prêts. Les programmes d’éducation contribuent peu à peu à accroître la production agricole et le revenu familial, à améliorer la gestion des stocks, à élever les capacités des femmes et aider à l’émergence du leadership féminin, et inculquer un esprit d’analyse des problèmes agricoles.

Selon Paola Ortensi, responsable des agricultrices à la CIA et Conseillère du Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la FIPA, d’Italie, l’éducation développe les capacités des femmes à se mobiliser en diminuant sa dépendance extérieure grâce à un renforcement des connaissances générales et à un apport d’information sur la situation productive, sociale et économique. Cela engendre une plus grande capacité de production. C’est probablement à partir de ce processus que le phénomène des femmes des campagnes et des chefs d’entreprises en Italie s’est établi. La FIPA doit en ce sens être un forum permanent de soutien et d’accompagnement des agricultrices.

Stefania Tedeschi de l’Observatoire Italien des femmes entrepreneurs et du travail agricole a annoncé la mise en place d’un jumelage avec l’association des femmes rurales ougandaises.

Lilia Hantanirina Ravoniarisoa, Productrice et Coordinatrice Nationale de la Fédération des Femmes Malgaches récemment créée, distingue plusieurs formes de pauvreté : morale (soumission à l’ordre social), intellectuelle (exclusion de l’éducation), monétaire (faible budget disponible à optimiser), alimentaire (autoconsommation), et institutionnelle (organisation de femmes malgaches très récente). Selon les chiffres, plus de la moitié de la population rurale est privée d’instruction, 74% des ménages ruraux vivent en dessous du seuil de pauvreté monétaire (soit 100 US$/an), la ration alimentaire minimum quotidienne n’est pas atteinte par la moitié du pays, et dans les organisations paysannes, seules 30 % des membres sont des femmes ce qui bloque leur intégration socio-économique. Un grand travail d’éducation est à fournir.

D’après Kathleen J. Stylianou, Membre du Comité Exécutif de Cape Women Agricultural Association en Afrique du Sud, le niveau d’instruction s’est très nettement amélioré même si les femmes plus âgées restent soumises aux traditions. La femme rurale ne souhaite pas forcément n’avoir que des activités agricoles : beaucoup veulent améliorer leur mode de vie et obtenir un revenu supplémentaire. Au-delà des cours basiques, l’éducation peut aussi passer par l’établissement de foires et concours agricoles pour motiver et redonner confiance à la population rurale. Il est dans tous les cas vital de réunir la population pour discuter les projets sans les imposer.

Les participantes ont alors discuté de divers projets d’éducation ciblant les agricultrices.


Recommandations du Comité pour les activités futures

· Faire pression à travers la FIPA et l’UMFR auprès des Nations Unies pour obtenir une année internationale de la sécurité alimentaire traitant entre autres du contrôle des ressources agricoles

· Renforcer les liens entre la FIPA et l’UMFR par la participation à leurs réunions et conférences respectives et par l’établissement de discussions sur les questions relatives aux femmes rurales

· Construire un projet pilote d’appui aux productrices à soumettre au Comité de Coopération au Développement de la FIPA qui pourra le proposer à des agences agricoles de développement

· Partager nos informations : chaque personne se rendant à une conférence est tenue de faire parvenir un bref rapport à la FIPA qui se chargera de le diffuser le plus largement possible. Les participantes demandent à rester en contact constant entre elles et avec la FIPA pour partager leurs idées et informations. Des solutions techniques doivent être trouvées

· La FIPA préparera pour la 3ème Conférence Internationale des Femmes en Agriculture de 2002 en Espagne, un ou plusieurs documents pour faire entendre la voix de nos organisations

· La FIPA doit renforcer son travail concernant la participation des femmes au processus de décisions à quelque niveau que ce soit

· Chaque organisation agricole doit nous communiquer les thèmes et idées sur lesquels travaille son Comité de productrices en donnant des exemples d’action