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«LA VOIX DES FEMMES RURALES POUR LA PAIX ET LE DEVELOPPEMENT »
Document d'Information
L'année 2000 s'est vue octroyer le titre d'Année Internationale de la Culture de la Paix par les Nations Unies au lancement de ce nouveau millénaire. De même, l'Organisation de l'Unité Africaine déclare l'an 2000 comme Année de la Paix, de la Sécurité et de la Solidarité en Afrique. L'instauration d'une Paix durable oriente par conséquent l'ensemble des travaux et projets des institutions internationales pour les années à venir.
C'est pourquoi le Comité Permanent des Femmes en Agriculture de la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles a décidé d'orienter la Journée Mondiale de la Femme Rurale du 15 octobre 2000, sur le thème « la Voix des Femmes Rurales pour la Paix et le Développement » afin de mettre en avant la participation des femmes rurales à ces deux processus complexes et indissociables.
Les opinions et informations contenues dans ce document ne représentent pas forcément les opinions officielles de la FIPA. Son objectif est de stimuler le débat et engendrer des discussions lors de cette importante journée pour les femmes rurales.
TABLE DES MATIERES
- Quelques Informations chiffrées
- Paix et Développement : des processus indissociables
- Inégalités envers les femmes rurales : des blocages à l'instauration de la paix et du développement
- L'égalité de genre : une donnée indispensable aux processus de Paix et de Développement
- Suggestions d'actions pour la JMFR 2000
- Notes
QUELQUES INFORMATIONS CHIFFREES
Il est extrêmement difficile d'évaluer le nombre exact de pays en conflits, et ce pour des raisons de définition.
Selon l'« Etude des opérations de paix des Nations Unies » nouvellement parue, cette haute instance internationale est engagée à ce jour dans 14 pays. Bien entendu, les Nations Unies n'interviennent pas dans tous les conflits existants.
Le SIPRI (2) dans son « Rapport annuel de 1999 du SIPRI : Armements, Désarmement et Sécurité Internationale » parle lui de 27 conflits majeurs, c'est à dire ayant fait au moins 1000 morts depuis le début du conflit.
Cependant, si l'on considère le seul continent africain, depuis 1970, il y a eu plus de 30 guerres, qui dans leur vaste majorité ont eu pour origine des conflits internes.
Il apparaît ainsi que défendre la paix pour ce nouveau millénaire doit être un point d'honneur d'action de par le monde.
En tant qu'épidémie mondiale et les désastres impliqués depuis les années 80, nous aborderons de plus le thème du virus du SIDA.
Les chiffres sont éloquents : d'après l'ONUSIDA (3), le nombre total d'adultes et d'enfants vivant avec le VIH/SIDA est de 34,3 millions. Sur ce terrible total, la répartition est la suivante :
| Afrique Subsaharienne | 24.5 millions | soit | 71.30 % |
| Asie du Sud et Sud-Est | 5.6 millions | soit | 16.30 % |
| Amérique Latine | 1.3 millions | soit | 3.78 % |
| Amérique du Nord | 900 000 | soit | 2.62 % |
| Asie de l'Est et Pacifique | 530 000 | soit | 1.54 % |
| Europe Occidentale | 520 000 | soit | 1.51 % |
| Europe Orientale et Asie Centrale | 420 000 | soit | 1.22 % |
| Caraïbes | 360 000 | soit | 1.05 % |
| Afrique du Nord et Moyen Orient | 220 000 | soit | 0.64 % |
| Australie et Nouvelle-Zélande | 15 000 | soit | 0.04 % |
« Aujourd'hui le SIDA constitue de toute évidence une crise du développement et, dans certaines régions du monde, il est rapidement en train de devenir une crise de sécurité. ... L'impact dévastateur du SIDA sur les fondations sociales, économiques et démographiques du développement est sans pareil. »
Peter Piot, Directeur Exécutif,
Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA
Face à ces problèmes majeurs de ce nouveau millénaire que sont les conflits et la propagation du VIH/SIDA, le Comité des Femmes en Agriculture de la FIPA se doit d'appuyer les femmes rurales dans leur lutte contre la pauvreté, contre la propagation du virus du SIDA, leur combat pour l'instauration de la paix et pour le développement durable.
Paix et Développement : des processus indissociables
La Paix et le Développement sont indubitablement corrélés : il ne peut y avoir de paix durable sans développement économique et social, de même qu'il ne peut y avoir de processus de développement sans établissement préalable d'un climat de paix.
Lorsqu'une nation est instable pour cause de conflits internes (instabilité politique, guerre civile,...) ou de conflits entre états (guerres, embargos,...), le processus de développement s'en trouve freiné, voire gelé. Tout conflit implique de dramatiques conséquences sur le développement économique et social d'un pays ou d'une région : déstabilisation de l'économie, du politique et des structures de prises de décision, destruction des infrastructures existantes, pertes humaines et déplacement des populations, disfonctionnement ou blocage des services de santé et d'éducation, etc. Lors de conflits, l'aide d'urgence est primordiale pour assurer la survie des populations, et il ne reste ni temps ni moyens pour une action de développement. Le rétablissement d'un climat de paix durable permet de passer alors à un processus de développement.
De même, la mise en oeuvre d'un processus de développement appuie l'instauration d'une paix durable. En permettant l'amélioration de la situation économique et sociale de la population, l'élimination de la pauvreté et de toutes les formes de discrimination, la réduction des inégalités au sein des nations et entre celles-ci, en facilitant l'investissement des populations dans l'amélioration de leur situation quotidienne, le développement est un facteur de maintien de la paix.
Ainsi, Paix et Développement sont deux processus étant assurément indispensables à leur bon fonctionnement réciproque.
Inégalités envers les femmes rurales : des blocages à l'instauration de la paix et du développement
Les femmes en agriculture sont encore aujourd'hui confrontées à bon nombre d'inégalités (4) en tant que femmes exploitantes : inégalité dans l'accès aux ressources et matières premières (terres, crédits, intrants agricoles, etc.), inégalité dans l'accès à l'éducation, à la formation, à la vulgarisation, et par conséquent à la technologie, inégalité d'accès aux services facilitant leur travail quotidien, inégalité d'accès aux circuits de commercialisation, etc.
Ces différences de traitement entre hommes et femmes impliquent des pénuries de moyens (capitaux et main d'oeuvre) dans les exploitations dirigées par des femmes. Celles-ci doivent alors « faire avec les moyens du bord » et modifient bien souvent le système d'exploitation et/ou la répartition des cultures pour s'en sortir. Or, ces adaptations peuvent avoir d'importantes répercussions : diminution des quantités produites qui entraîne une insécurité alimentaire, production de cultures à moindre valeur nutritionnelle, techniques de production affectant l'environnement, réduction des activités génératrices de revenus hors agriculture (appauvrissement familial).
Ainsi, ces inégalités ne permettent aux femmes qu'au prix de très lourds efforts, d'assurer leur rôle fondamental pour la survie et la gestion de l'unité familiale, pour le bien-être des familles et des communautés.
De plus, selon un constat international, la population masculine rurale diminue régulièrement. Cela peut être expliqué, selon le contexte national existant, par divers facteurs tels que la recherche de revenus en dehors du secteur agricole (exode rural des hommes), ou l'engagement en tant que soldats lors de conflits. Cette diminution de la population masculine rurale engendre une augmentation du nombre de ménages ruraux dirigés par des femmes. La levée des barrières auxquelles sont confrontées les femmes dans leur travail agricole apparaît par conséquent essentielle.
Une difficulté majeure pour les femmes rurales est celle de l'accès aux matières premières, aux ressources et aux circuits de commercialisation, conditions fondamentales pour améliorer la production agricole.
Que ce soit en matière de crédits, d'intrants, ou de matériels agricoles, dans tous les domaines, les femmes exploitantes se trouvent confrontées à de nombreuses barrières économiques (par exemple, absence de liquidités personnelles disponibles), juridiques (en l'absence de statut individuel, elles sont cantonnées au rang d'épouses d'exploitants agricoles et ne peuvent avoir accès en leur nom aux divers services agricoles existants), sociales et culturelles (poids de certaines traditions, normes et règles sociales freinant l'autonomie féminine). Or, ce problème est d'autant plus important que le nombre de ménages agricoles dirigés par des femmes est en constante augmentation.
Sur le long terme, cela entraîne un risque important d'insécurité alimentaire, de malnutrition, de pauvreté et ne fait que contrer le développement socio-économique de la société en général, et de la femme en particulier. De plus, les conséquences énoncées ci-dessus impliquent une remise en question de la paix : pauvreté, instabilité politique et conflits se trouvent indéniablement liés.
C'est alors que les programmes de développement interviennent. Mais encore aujourd'hui, et bien que des progrès notables peuvent être constatés, de nombreux programmes de développement agricole ne sont pas vraiment adaptés aux besoins réels des femmes rurales. Elles continuent à être considérées en tant qu'épouses d'agriculteurs, même si la situation concrète implique qu'elles soient elles-mêmes de véritables exploitants agricoles.
Les femmes rurales sont encore trop souvent des partenaires invisibles du développement et il est actuellement indispensable de les considérer en tant qu'élément fondamental du processus de développement et de maintien de la paix. N'assurent-elles pas en temps de guerre comme en temps de paix, la survie de leur famille et donc des générations futures ?
Il est par conséquent capital de leur donner les moyens matériels et techniques ainsi que la formation, pour qu'elles puissent assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de leurs familles et communautés, pour qu'elles puissent participer en tant qu'élément clé au développement de leur société, et enfin pour qu'elles puissent participer à l'instauration et au maintien de la paix dans leur pays.
Propagation de la maladie du SIDA : D'accablantes conséquences sur le développement et le maintien de la paix
Un élément d'une gravité sans précédent est apparu au cours des deux dernières décennies : le Virus de l'Immuno-défience Humaine (VIH) / Syndrome d'Immuno-Déficience Acquise (SIDA).
De prime abord, il peut paraître surprenant de traiter ce thème dans le cadre de la Journée Mondiale de la Femme Rurale liant l'agriculture, les femmes, la paix et le développement. Cependant, au regard de l'extrême gravité de son étendue, au regard de la population majoritairement touchée (90% des personnes contaminées par le virus du SIDA vivent à l'heure actuelle dans les pays en développement, 70% pour le seul continent africain, et les zones rurales sont hautement affectées), et enfin, au regard des conséquences dramatiques impliquées par ce fléau, il est inconcevable que les femmes rurales ne prennent pas en considération cette épidémie.
Dans de nombreuses sociétés, les femmes se trouvent confrontées à de véritables barrières sociales, économiques, culturelles, morales et/ou religieuses dans l'accès à l'information sur la maladie, aux moyens de protection, et aux médicaments existants pour freiner l'évolution de la maladie lorsqu'elles sont contaminées. De plus, étant vecteur de contamination par l'enfantement, les femmes ont un rôle particulièrement important à jouer dans la lutte contre la propagation du virus.
L'absence de mise à disposition dans les pays en développement, de moyens de protection et de traitement (par la multithérapie) fait que l'intérêt économique domine l'intérêt pour la santé mondiale. Ces inégalités face à la maladie doivent absolument être combattues et les instances internationales et laboratoires pharmaceutiques doivent permettre à toute personne d'avoir accès aux moyens de protection et aux traitements existants.
Face à l'étendue de la contamination par le VIH, et particulièrement dans certaines régions d'Afrique, d'Asie ou d'Europe de l'Est, des conséquences très alarmantes sont visibles au niveau économique, social et politique :
Une population active foudroyée qui entraîne une érosion du capital humain. Cela ne concerne pas, comme d'autres fléaux, uniquement les populations les plus pauvres ou les moins éduqués : professeurs, classes dirigeantes, élites, armées et polices, sont aussi touchées par la maladie. Cela entraîne par conséquent, une diminution de la productivité nationale, une diminution des services sociaux, de santé et même d?éducation, une diminution des intellectuels, etc.
Des générations futures durement affectées. Le nombre d'orphelins de parents décédés des suites du SIDA s'évalue à plus de 9 millions sur les 13 millions totalisés au niveau mondial, enfants se retrouvant à la rue et étant eux-mêmes souvent affectés par la maladie. Cela implique la destruction de la structure et de la stabilité familiales et communautaires, présentes et futures.
Le virus du SIDA implique ainsi de graves problèmes démographiques, ce qui participe grandement aux situations de crises économiques et sociales et par conséquent, à l'instabilité politique dans de nombreux pays.
Réciproquement, les conflits et situations de crises favorisent la propagation du virus au sein des populations de par la diminution, voire l'absence, des services de santé et d'éducation en temps de conflits, de par le manque de moyens matériels et financiers, de par le déplacement des populations, de par le viol systématique comme arme de guerre au cours de certains conflits. Plusieurs études ont démontré l'augmentation de cas de personnes infectées par le VIH en situation de guerres, notamment par l'observation médicale des réfugiés.
Il est par conséquent de nos jours impossible de dissocier la guerre et la propagation du VIH/SIDA, comme il est impossible de ne pas parler du VIH/SIDA lorsque l'on met en oeuvre des programmes de développement.
Il est donc extrêmement important que les femmes soient la cible de programmes spécifiques, connaissances que les mères peuvent transmettre à leurs enfants, mais au-delà il est indispensable pour la survie des générations futures, de faire évoluer les mentalités : le SIDA est un combat de la société entière où les inégalités entre sexes, sociétés et continents doivent être éliminées pour mettre fin définitivement à la propagation de cette épidémie.
L'égalité de genre : une donnée indispensable aux processus de Paix et de Développement
C'est par l'instauration d'un réel dialogue entre hommes et femmes que la paix et le développement seront engendrés de façon durable. Un tel dialogue permet la prise en considération des connaissances, valeurs et comportements, individuels et collectifs, ce qui est indispensable aux processus de paix et de développement.
La paix et le développement durables passent par l'évolution des valeurs et attitudes enrayant l'établissement de l'égalité entre les êtres. Cela requiert une véritable transformation des comportements sociaux à l'encontre des groupes socio-économiques défavorisés ou dévalorisés.
De plus, il ne peut y avoir de développement durable sans stabilité politique. Or cette stabilité politique est envisageable par l'instauration d'une véritable démocratie participative qui elle-même requiert l'égalité hommes/femmes : égalité de droits, égalité des chances : accès à l'éducation, accès au travail, accès aux processus de décision, accès aux ressources, accès aux soins et services de santé, etc.
C'est par conséquent par la défense de leurs droits et la lutte contre les discriminations et inégalités à leur encontre que les femmes amènent la société à modifier sa perception de leurs rôles et participent ainsi aux processus de paix et de développement, au niveau local, national et international.
Cependant, les femmes rurales ne peuvent à elles seules modifier la tendance actuelle : tout gouvernement, toute instance nationale ou internationale, toute structure travaillant avec les femmes rurales (organisations agricoles, ONG,...), doit prendre les mesures adéquates pour participer à l'accomplissement d?une réelle égalité hommes/femmes qui permettra une véritable évolution du bien-être de la population mondiale.
SUGGESTIONS D'ACTIONS POUR LA JMFR 2000
(1) La FIPA est l'organisation mondiale des agriculteurs et agricultrices regroupant les organisations agricoles nationales à travers le monde. Elle entretient des relations étroites et partenariats avec les principales organisations intergouvernementales jouant un rôle dynamique dans le domaine du développement agricole et rural. Le Comité des Femmes en Agriculture de la FIPA constitue une cellule de discussion permanente pour le développement des activités des agricultrices, la reconnaissance de leurs droits et le développement de leur représentation au sein des organisations agricoles.
(2) SIPRI : Stockholm International Peace Research Institute, Institute International de Recherche sur la Paix de Stockholm.
(3) Données chiffrées tirées du "Rapport sur l'épidémie mondiale de VIH/SIDA", juin 2000, ONUSIDA
(4) Ces inégalités sont extrêmement variées selon les pays concernés, la situation est donc à considérer selon le contexte national.