Origin

Events

Archive

Proclamations

    JOURNEE MONDIALE DE LA FEMME RURALE 2003

    « POUR UN MEILLEUR ACCES DES FEMMES RURALES A LA TERRE ET A L’EAU :

    RESSOURCES FONDAMENTALES DE LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE »

    RESOLUTIONS DE L’ATELIER NATIONAL DE LA

    FEDERATION DES FEMMES RURALES MALAGASY (FVTM)

    Antananarivo 13 – 14 octobre 2003

    _________________

    A l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale de la Femme Rurale 2003, la FVTM « Federasionan’ny Vehivavy Tantsaha Malagasy » (Fédération des femmes rurales malagasy) a tenu un atelier national de réflexion à Antananarivo du 13 au 14 Octobre 2003 sur le thème : « Pour un meilleur accès des femmes rurales à la terre et à l’eau : ressources fondamentales de la souveraineté alimentaire ». Vingt six (26) représentantes des femmes rurales venant des différentes régions du pays ont participé à cette session de partage d’informations, d’expériences et de points de vue à savoir : Imerina Central, Itasy, Vakinankaratra, DIANA, SAVA, Sofia, Toamasina, Amoron’i Mania, Haute Matsiatra, Sud-Est, Menabe, Sud-Ouest, Alaotra et Tolagnaro.

    La concertation sur l’accès des femmes rurales à la terre a été animée entre participantes de l’atelier suite à la projection vidéo en séance plénière du plateau « Tahala » de la Télévision Malagasy du 10 Octobre 2003, face à face entre les techniciens du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche et des représentants paysans du « Tranoben’ny Tantsaha », de la FVTM et de la Coalition Paysanne de Madagascar (CPM) sur les problématiques du titrage foncier et sur les récentes dispositions foncières de facilitation et d’accélération des procédures de titrage collectif promulguées par l’Etat.

    Le sous – thème « Femme rurale et accès à l’eau potable » a été abordé avec l’intervention du responsable de KPI/FIKRIFAMA (Fédération des Usagers de l’Eau Potable), Monsieur RABEFENO Jean Berthin, où les problèmes des femmes rurales face à leurs obligations ménagères liées à l’eau potable en milieu rural, le Code de l’Eau ainsi que les opportunités d’accès des familles paysannes à l’eau potable ont été approfondies pour définir les stratégies de FVTM dans ce domaine de la vie familiale.

    Les débats du sous – thème « Femme rurale et accès à l’eau pour l’agriculture » ont été animés par le président de la Fédération des Associations des Usagers des Eaux (AUE) de la plaine d’Antananarivo, Monsieur ANDRIANJAFIMAHATRATRA Solofo, où l’importance de l’accès des femmes agricultrices aux ressources hydriques pour l’agriculture dans un pays à vocation agricole comme Madagascar a été mise en évidence pour parvenir à une souveraineté alimentaire durable.

    L’analyse de l’environnement dans lequel vivent les femmes rurales malagasy sur les plans social, économique, culturel et politique avec l’inventaire des forces et faiblesses des femmes rurales ainsi que des opportunités et obstacles qui s’imposent à leurs possibilités d’intégration au processus de développement, a débouché à la définition du plan d’action triennal de la FVTM pour les années 2004 –2006 et à des recommandations des femmes rurales à l’endroit des décideurs politiques, sociaux et financiers.

    1.- Vision de la FVTM sur les conditions de vie de la femme rurale malagasy.

    a) Les principaux soucis quotidiens des femmes rurales malagasy sont classés dans l’ordre d’importance suivant:

    - la souveraineté alimentaire,

    - la santé,

    - les moyens de production,

    - l’éducation des enfants,

    - l‘épargne matérielle et financière,

    - la présentation extérieure en tant que femme, et

    - les services d’information et de formation.

    b) Sur le plan économique, la femme rurale constitue la plus forte proportion des populations actives à Madagascar, de l’ordre de 40%, mais sa part de contribution économique à la valeur ajoutée nationale, dans la production agricole et artisanale ainsi que dans la sécurisation alimentaire, n’est pas officiellement comptabilisée, faisant en sorte que dans la société rurale et dans la sphère des politiques, cette contribution n’a pas eu le mérite qu’il fallait pour être valorisée. En ne parlant que de la riziculture, la filière la plus courante du secteur agricole du pays, c’est la femme rurale qui s’occupe de la plupart des travaux de main – d’œuvre quand on y regarde à la loupe :

    - curage des canaux d’irrigation,

    - transport de la fumure,

    - semis et sécurité des jeunes plants,

    - transport des jeunes plants,

    - travaux de repiquage,

    - sarclage manuel et surveillance des animaux ravageurs,

    - transport de la récolte après fauchage,

    - battage et séchage,

    - pilonnage manuel du paddy.

    L’activité agricole à laquelle s’appuie la femme agricultrice, surtout quand elle est chef de ménage, est peu rentable à cause:

    - de la non maîtrise de l’eau d’irrigation faute d’infrastructures hydriques suffisantes pour l’agriculture,

    - manque d’animation/formation sur les innovations techniques appropriées et rentables de l’agriculture durable,

    - du non accès au crédit entraînant prédominance de l’usure informelle : « Varo-maitso » ou cultures vertes vendues dus aux difficiles conditions d’octroi de crédit et rareté des institutions financières légales en milieu rural enclavées.

    La femme rurale assure généralement la commercialisation des produits agricoles et la gestion du budget familial. Elle est surtout confrontée aux problèmes d’évacuation et de l’écoulement des produits à juste prix faute d’infrastructures routières de desserte et de la capacité technique de vente.

    c) Sur le plan familial, la femme rurale assure à part entière l’accomplissement des travaux ménagers et les travaux d’éducation des enfants : la maternité et la santé infantile en tant que mère, la recherche d’eau potable et dans plusieurs régions, la recherche du bois de chauffe pour le foyer en tant qu’épouse, même si le bois de chauffe et l’eau de ménage se trouvent à des kilomètres de distance à cause de l’épuisement des sources proches et de la déforestation de certaines zones par les feux de brousse.

    d) Sur le plan social, la femme rurale dispose des prérogatives de protection sociale grâce aux lois sur les droits nationaux de la femme , aux droits universels de l’homme et aux conventions internationales des Nations Unies, mais la jouissance de ces droits n’est entièrement effective ni garantie à cause de la non – reconnaissance par certaines communautés rurales traditionnelles (attachement aux droits coutumiers), d’une part, et aussi de l’ignorance par la majorité des femmes rurales malagasy, à défaut d’accès à l’information, d’autre part..

    e) L’effectif des femmes rurales chefs de ménage privées de protection sociale ne cessent d’augmenter à cause des négligences de ces droits de la femme par la société rurale dont les impacts pervers retombent plus sévèrement sur les progénitures féminines, sans éducation, sexuellement libres et harcelées à l'âge mineur.

    f) La femme rurale rencontre beaucoup d’obstacles socio–culturels dans le domaine des droits civiques au niveau des communautés rurales sur leurs possibilités d’intégration aux instances de prise de décisions et aux structures de gouvernance face aux comportements régressifs des pouvoirs traditionnels à l’encontre des femmes rurales dans plusieurs régions du pays. Le manque de capacité à la responsabilité sociale, économique et politique constitue aussi un frein énorme à la responsabilisation de la femme rurale malgré les qualités naturelles de bon nombre de femmes leaders sur l’intelligence, faute d’accès à la formation civique.

    2. Recommandations

    Pour un meilleur accès des femmes rurales à la terre et à l’eau , la FVTM fait siennes les recommandations des agricultrices de la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles (FIPA) à l’occasion de la Journée Mondiale de la Femme Rurale 2003 :

    - politiques qui privilégient l’accès des femmes rurales à la terre et à l’eau et la garantie de ces droits,

    - l’accès au crédit à des taux rationnels pour l’agriculture qui est la ressource fondamentale de l’alimentation,.

    - l’accès et contrôle des ressources et des technologies appropriées et rentables,

    - plus de ressources pour l’agriculture sur les budgets nationaux et sur les fonds internationaux de développement,

    - des plans intégrés de développement pour désenclaver le monde rural et pour maîtriser les ressources hydriques de l’agriculture,

    - le renforcement des capacités des agricultrices,

    - le partenariat des décideurs politiques, sociaux et financiers avec les organisations paysannes pour leur développement rapide,

    - une meilleure connaissance des contributions des femmes au monde rural et agricole,

    - un meilleur accès des femmes aux marchés,

    - une meilleure représentation des agricultrices au sein des organisations agricoles.

    La FVTM se félicite des nouvelles dispositions réglementaires promulguées par l’Etat sur la facilitation et l’accélération des procédures de titrage foncier et salue les initiatives du Gouvernement sur la détaxation des intrants agricoles et le lancement des opérations « engrais » et « charrue » à des coûts à la portée des pouvoirs d’achat des agricultrices.

    La FVTM demande aussi au Gouvernement et décideurs financiers que l’action pour un meilleur accès des familles paysannes à l’eau potable soit soutenue avec une intervention plus rapide et l’accès à l’eau pour la production agricole soit placé parmi les grandes priorités au même titre que le désenclavement, l’éducation et l’accès à l’eau potable.

    En outre, la FVTM recommande à ce que les femmes rurales soient plus représentées au sein du « Tranoben’ny Tantsaha » (Chambre d’Agriculture ) et dans les instances de consultation des politiques du développement rural. La FVTM requiert aussi aux décideurs financiers de mobiliser plus de ressources à l’appui aux initiatives sociales et économiques des femmes rurales pour promouvoir leur professionnalisme agricole et artisanal et pour concrétiser une meilleure responsabilisation civique et environnementale au niveau de leurs communautés.

    Des plaidoyers sont adressés aux décideurs des communautés traditionnelles pour l’acceptation et le respect des droits de la femme universellement reconnus et en vigueur dans la législation nationale.

    3. Plan d’action 2004 – 2006 de la FVTM

    Pour les trois années à venir, la FVTM se donne les objectifs et les stratégies suivants.

    Objectif global : « Améliorer les conditions de vie des femmes rurales »

    Objectif spécifique 1 : « Promouvoir la défense des droits de la femme rurale »

    Stratégie 1.1. : Densification et extension des implantations de la FVTM pour une meilleure représentation dans le dialogue social et pour la pérennisation de l’organisation,

    Stratégie 1.2. Renforcement des capacités des leaders dans la gestion d’organisation des femmes rurales, dans la connaissance de leurs droits et dans la prise de responsabilité civique au niveau de leurs communautés.

    Stratégie 1.3. Intégration de FVTM dans les mouvements sociaux de défense des droits de la femme au niveau national et international.,

    Stratégie 1.4. Plaidoyer pour la reconnaissance des droits de la femme auprès des décideurs des communautés traditionnelles.

    Objectif spécifique 2 : « Améliorer les revenus des femmes rurales »

    Stratégie 2.1. Renforcement du partenariat technique et financier à l’appui aux groupes de femmes rurales dans leurs initiatives économiques pour leur promotion professionnelle des secteurs agricole et artisanal dont accès aux technologies appropriées et rentables et renforcement de leurs capacités de gestion et de marketing.

    Stratégie 2.2. Intégration des femmes rurales dans le mouvement coopératif et dans les circuits du commerce solidaire.

    Stratégie 2.3. Intégration des femmes rurales dans les instances de consultation sur les politiques du développement rural,

    Stratégie 2.4. Renforcement du partenariat technique et financier sur les initiatives des groupes de femmes rurales dans la protection de l’environnement

    Félicitations à toutes les femmes rurales malagasy et celle du monde entier !


    Fait à Antananarivo, le 15 Octobre 2003