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Journée mondiale de la femme rurale 2002

L’éducation et la formation : un élément clé de la lutte contre la pauvreté

Nos défis

La faim dans le monde persiste et augmente même dans des proportions inacceptables. Plus de 800 millions de personnes au monde, soit une personne sur sept, souffrent de la faim ou de malnutrition . L’objectif du Sommet mondial de l’alimentation exigera beaucoup d’engagement et d’expansion de la part du milieu agricole, mais comment allons-nous relever pareil défi d’ici à 2015 quand trois quarts du 1,2 milliard de personnes qui connaissent une pauvreté extrême dans le monde vivent et travaillent dans les régions rurales ?

Nous nous heurtons au problème de la dégradation de l’environnement, qui détruit la terre même dont dépend notre subsistance. La qualité du sol et la disponibilité des ressources sont minées par l’utilisation inefficace des terres arables et par la surexploitation des ressources naturelles. Ces pratiques agricoles non durables sont souvent la résultante de la pauvreté et du désespoir, ou simplement du manque de connaissance de l’environnement. Nous devons aussi faire face au mauvais état de santé des collectivités rurales, problème auquel viennent s’ajouter la malnutrition, le manque d’hygiène et, dans certaines régions, la pandémie accablante du sida.

En tant que producteurs agricoles et membres de la collectivité mondiale, nous devons jour après jour relever le défi d’améliorer le secteur agricole et tenter d’instaurer un monde exempt de pauvreté et d’injustice pour assurer la prospérité de nos collectivités et garantir l’avenir de nos enfants. Il nous faudra entre autres renforcer les compétences et la capacité de chaque membre de la collectivité agricole afin de tirer le meilleur parti possible de tous les atouts humains que nous possédons.

Les femmes en agriculture

Les femmes jouent un rôle crucial dans le secteur agricole, où elles assument le fardeau des corvées agricoles, des tâches ménagères et des activités génératrices de revenus non agricoles, tout en veillant à la nutrition, le soin et la sécurité alimentaire de la famille. D’après les estimations de la FAO, les agricultrices assurent plus de 50 % de la production alimentaire dans le monde. Ce chiffre atteint même 80 % dans les pays africains, 60 % en Asie, et 30 à 40 % en Amérique du Sud .

Récemment, tant le nombre de ménages dirigés par des femmes que d’exploitations dirigées par des femmes a augmenté pour diverses raisons. Les épouses se retrouvent avec la responsabilité de la gestion de l’exploitation, où elles s’acquittent des fonctions qui relèvent d’un dirigeant d’exploitation, ainsi que des obligations familiales et de l’entretien du foyer. Cependant, elles sont rarement reconnues comme dirigeantes de l’exploitation sur le plan légal ou social. Le mari est absent ou bien parce qu’il est mort, ou bien parce qu’il a dû migrer en ville à la recherche d’un revenu supplémentaire, ou encore parce que les hommes ont joint les rangs de l’armée en temps de conflit. Les femmes acceptent et assument l’ampleur de leurs tâches mais sont bien peu récompensées pour leur contribution. Et pourtant, elles jouissent rarement de droits agraires, ont un accès restreint à des intrants vitaux tels que les ressources naturelles et le crédit financier, et se voient refuser tout accès à des programmes d’éducation et de vulgarisation agricole.

Permettre que la contribution et les compétences des femmes ne soient pas reconnues revient à sous

Notre défi ne consiste pas à accroître l’activité des femmes à la ferme, car il s’agit d’un rôle qu’elles remplissent et qui est établi depuis longtemps. Les femmes n’ont pas besoin d’acquérir plus d’autonomie quant aux postes qu’elles occupent, mais leur valeur doit être reconnue et leurs compétences enrichies pour qu’elles exploitent pleinement leur potentiel. Ceci, parallèlement à l’objectif suprême de la réduction de la pauvreté, peut se concrétiser par un accès généralisé des agricultrices et femmes rurales à l’éducation et à la formation.

Un programme global

Les avantages que présente le renforcement de l’éducation et de la formation des femmes rurales sont nombreux et d’une portée considérable. En leur faisant acquérir des compétences dans diverses disciplines, nous incitons les femmes à parfaire les compétences qu’on ne leur permet pas souvent d’exploiter. Si l’on entrave le potentiel ou la compétence d’un membre de la société, on retarde d’autant l’élimination de la pauvreté. Voici les domaines dans lesquels il y a lieu d’améliorer les compétences :

1 Compétences générales : alphabétisation, arithmétique, communication, et compréhension élémentaire des sciences et de l’environnement immédiat

2 Vie communautaire : institutions et mécanismes locaux et nationaux, pouvoirs publics locaux et nationaux, coopératives, mise sur pied de projets communautaires, sensibilisation aux droits (libre association, accès à la terre et autres ressources naturelles, etc.)

3 Agriculture : pratiques agricoles plus modernes et plus efficaces, gestion financière, notions de base en économie (évaluation des tendances du marché et des besoins des consommateurs)

4 Santé familiale : nutrition, sécurité alimentaire, planification de la famille, prévention du sida

L’éducation exige un effort de la collectivité toute entière qui, en retour, en bénéficie. L’amélioration des compétences générales des femmes ouvre les voies de la communication, permet la diffusion des connaissances dans l’ensemble de la collectivité et leur transmission à la génération montante.


Résultats

Déployer un potentiel inexploité

Selon une étude de la Banque mondiale, lorsque les agricultrices ont eu accès à l’instruction primaire, le rendement de l’agriculture a augmenté de 24 % . Pour permettre aux femmes de parfaire leurs compétences en agriculture, il faut améliorer la productivité et les activités agricoles. On leur apprend à adopter des méthodes et des technologies plus efficaces dans la sélection des cultures, l’entreposage, la transformation, l’élevage, etc., ce qui les libère pour assumer d’autres responsabilités telles que leurs obligations familiales, l’entretien du foyer et les activités génératrices de revenus non agricoles.

Une meilleure connaissance de la demande sur le marché et de l’économie permet de prendre de bonnes décisions sur le plan économique quant à la sélection des cultures, la sélection des technologies et l’affectation des capitaux. On parvient ainsi à réduire les déchets après une récolte et à employer à meilleur escient le temps et les ressources agricoles (main-d’œuvre, matières premières, machinerie). L’amélioration des compétences en matière d’entreposage et de transformation réduira encore les déchets et contribuera à tirer le meilleur parti possible de l’excédent des récoltes.

Sécurité alimentaire et santé familiale

Une récolte plus productive est synonyme d’une offre plus importante de produits pour le public et d’une plus grande abondance de produits agricoles pour assurer la santé et la nutrition des familles. Si ces progrès sont assortis d’un niveau plus élevé d’éducation des femmes en matière de santé, les résultats sont prodigieux. Les femmes assument souvent seules la responsabilité de la santé familiale et de la sécurité alimentaire, qu’il s’agisse d’élever les enfants, de transformer ou préparer la nourriture, ou de soigner les malades. Une femme instruite est plus renseignée sur les aspects modernes de la santé, tels que les besoins nutritionnels, la planification de la famille et la prévention du sida. On observe alors une rupture dans le cycle suivant pour les agricultrices: mauvais état de santé → faiblesse de la productivité et du niveau d’instruction → faible revenu → taux élevé de fécondité → mauvais état de santé. L’éducation en matière de santé s’attaque de front à chaque élément de ce cercle vicieux qui touche plusieurs générations .

Promouvoir les droits, stimuler une croissance durable

Grâce à l’éducation, les femmes rurales parviennent à mieux comprendre le monde qui les entoure, ainsi que leur place dans la collectivité et sur la scène mondiale. Elles acquièrent un esprit plus critique et deviennent aptes à prendre des décisions fondées en matière commerciale par exemple. Elles prennent davantage conscience de leurs droits socio-économiques et des domaines dans lesquels ces droits doivent s’améliorer et s’étendre. Par exemple, quoique les agricultrices assurent plus de 50 % de l’approvisionnement alimentaire mondial, elles ne possèdent que 2 % des terres et reçoivent 1 % du crédit agricole. Quoique les problèmes de subordination et de sous

La préoccupation première des agricultrices est le droit à la terre et l’accès au crédit. Dans bien des cas, les femmes se voient accorder un accès temporaire à des terres de piètre qualité. Une fois que les femmes ont à elles seules amélioré la qualité du sol et rendu la terre arable, les droits fonciers sont redistribués par l’État. Il faut s’efforcer d’accroître l’accès à la terre et les droits agraires garantis (l’accès à la terre ainsi que le contrôle sur la terre). Dotées d’une formation technique poussée, les femmes méritent d’être encore plus reconnues comme agricultrices efficaces et accomplies, dignes de crédit financier et d’un meilleur accès à la terre. Les femmes instruites ont, sur le plan politique, une conscience plus éveillée, et une confiance plus grande, et sont plus au fait des réalités. Elles sont alors en mesure de tirer le meilleur parti possible de leurs droits, voire même d’en acquérir de nouveaux.

Or, la garantie des droits fonciers entraîne souvent une exploitation plus efficace et plus judicieuse de la terre et parfois l’accès aux services financiers quand le crédit est garanti par un bien. Le moteur du progrès entre alors en fonction : l’accès garanti à la terre et le droit au crédit ouvrent la voie à une productivité accrue et à un développement agricole durable.

L’élan que l’on imprimera à la productivité et aux pratiques agricoles durables se traduira par une abondance plus grande des produits agricoles sur le marché et pour la famille elle-même. L’avenir de la famille agricole sera alors assuré à la fois sur le plan des finances, de la nutrition, de la santé et de la sécurité alimentaire. En rehaussant l’éducation et la formation des femmes, nous nous dotons d’une arme efficace pour lutter contre la faim et la pauvreté.

Communication : pour aujourd’hui et pour demain

Parfaire les talents de communication favorise la diffusion des connaissances et des compétences par la voie d’un réseau de personnes plus à même de transmettre des informations de qualité. Ouvrir les voies de la communication permet la diffusion et la multiplication des connaissances, et crée un terrain fertile au progrès. Grâce à leurs compétences en communication et par la voie de groupes de femmes et de centres de consultation, les femmes deviennent plus sensibilisées à leur milieu et accroissent leurs compétences en partageant expériences et idées. De plus, en tant que mères de famille, les femmes rurales exercent une influence directe sur l’éducation de leurs enfants. En dotant les femmes des outils nécessaires pour transmettre le savoir à la jeune génération et à leurs pairs, on facilite la diffusion de renseignements précieux dans l’ensemble de la collectivité, consolidant ainsi les points forts de chacun et sont transmis de mères en filles et fils, renforçant ainsi la communauté par la base.


Alimenter le moteur du changement en déployant des efforts collectifs

Le changement peut s’amorcer par l’effort de n’importe qui, mais il est indispensable d’avoir le soutien de la famille, de la collectivité et de ses instances dirigeantes. Il faut faire mieux comprendre au public la participation des femmes au secteur agricole et à la société rurale. Elles méritent d’être reconnues pour leur place dans la vie professionnelle et nous devons rehausser l’image de la femme rurale d’aujourd’hui.

Grâce à l’éducation, au perfectionnement de leurs talents de communication et à l’éveil de leur conscience politique, les femmes découvrent les avantages que présente la création d’associations et la force du nombre. Elles échangent des idées et peuvent tenter de faire mieux reconnaître la femme dans la collectivité et de porter à l’attention du public les intérêts et les enjeux des femmes rurales.

Organisations agricoles

Il faut rendre les programmes de vulgarisation agricole et les centres de soutien plus accessibles aux femmes de la collectivité rurale. Les femmes doivent également participer aux mécanismes décisionnels du secteur agricole. En y exerçant les pressions voulues, cette strate de la collectivité se rendra compte à quel point l’immense contribution des femmes à ce secteur mérite une éducation adéquate.

Le rôle de l’État

Les pressions doivent s’exercer auprès de l’État pour améliorer les droits des femmes et pour prendre en compte les intérêts des femmes dans la formulation de nouvelles lois et de politiques nationales. Les femmes qui appartiennent à des groupes ont le pouvoir de se faire entendre et de faire valoir leurs droits. Elles doivent s’efforcer de participer plus activement à la prise de décisions politiques. En concevant une stratégie efficace contre la faim dans le monde, l’État doit ouvrir ses portes aux besoins et aux droits des femmes. Les femmes rurales sont la clé de la santé et de la nutrition de la famille, de la sécurité alimentaire et de la prospérité du secteur agricole. Une présence plus active des femmes dans la vie politique et dans les modes de conception des politiques s’impose pour que l’on comble les besoins des femmes et que l’on défende avec force leur meilleur intérêt dans l’élaboration des nouvelles politiques publiques.

La famille

La reconnaissance doit commencer au sein de la famille. Sans le soutien du mari et de la famille, il est quasi impossible de faire entendre la voix des femmes au niveau des organisations communautaires et de l’État. Les femmes doivent recevoir de leur foyer une plus grande reconnaissance du rôle crucial qu’elles jouent dans la vie rurale. Les groupes de femmes doivent s’efforcer de mettre sur pied des programmes qui informent la collectivité qu’il y va de leur intérêt de faciliter l’accès des femmes à l’éducation et de les informer de l’impact que cela peut avoir sur le développement et sur la société même.

Autres femmes

Des années de soumission et de manque d’éducation risquent souvent d’entraîner un manque d’estime de soi chez les femmes. Il faut donc sensibiliser davantage les femmes à leur importance et à leur influence sur la collectivité rurale. Il faut leur faire prendre conscience des avantages que leur apporterait le perfectionnement de leurs compétences et connaissances et de leur autonomisation politique. En outre, il faut déployer des efforts particuliers envers les représentantes de l’État et les femmes qui exercent toute forme d’influence politique. Ces femmes ont le pouvoir d’inclure la condition de la femme dans l’élaboration des politiques publiques et d’influencer ces instances politiques pour qu’elles fassent avancer la cause des femmes rurales.


Entraver le potentiel de tout membre de la société consiste à retarder d’autant la réduction de la pauvreté. Les femmes doivent être reconnues comme des atouts précieux pour la collectivité rurale !

Une fois que leur voix sera entendue et qu’elles seront reconnues, on réussira à militer pour le changement. En propageant le savoir et les compétences, nous permettons à une collectivité de commencer à s’extirper de la pauvreté, en devenant plus indépendante et plus autonome.

Nous devons être conscients des résultats infinis qu’on peut atteindre en investissant dans la collectivité des femmes rurales.

Notes de bas de page :

Programme de lutte contre la faim : Lutter contre la faim par le développement agricole et rural et l’amélioration de l’accès à la nourriture. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Rome, 2002.

Rapport sur la pauvreté rurale : Mettre fin à la pauvreté rurale. Fonds international de développement agricole (Rome, 2001), p. 1.

Les femmes rurales et la sécurité alimentaire : Situation actuelle et perspectives. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Rome, 1998) p. 5-7.

Philip H. Coombs & Manzoor Ahmed. Attacking Rural Poverty: How Non-formal Education Can Help. (Baltimore: John Hopkins University Press, 1974) p.17.

Gender in Agriculture: A World Bank Learning Module: http://www.worldbank.org/gender/module/overview/whydo.htm

Saito, K. & D. Spurling. 1992. Developing Agricultural Extension for Women Farmers. Document de synthèse no 156. Banque mondiale, Washington.

Michael P. Todaro. Economic Development. (New York : Addison-Wesley, 2000) p. 348.


La FIPA est une organisation internationale d’agriculteurs qui rassemble une centaine d’organismes agricoles nationaux du monde entier. Elle entretient des relations étroites avec les grands organismes intergouvernementaux qui jouent un rôle dans le développement agricole et rural. Le Comité permanent des femmes en agriculture est un groupe de discussion permanent qui a pour mission de développer les activités des agricultrices, de favoriser la reconnaissance de leurs droits et l’élargissement de la représentation des femmes au sein des organisations agricoles. Le Comité permanent des femmes en agriculture de la FIPA est actuellement présidé par Mme Victoria Kakoko Sebagereka, agricultrice d’Ouganda. Pour tout renseignement supplémentaire : http://www.ifap.org/issues/womeninag.html